Trio Caravel

Par le trou de la serrure
BANNER-EVENEMENT

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Angèle Martin, Florian Dantel et Pierre-Bastien Midali du Trio Caravel se présentent à vous :

F — Nous sommes un trio de jeunes musiciens, nous nous sommes rencontrés au cours de nos études. Nous avons décidé de jouer ensemble pour notre plaisir de musicien, d’abord, et ensuite pour le répertoire classique pour trio avec piano. Au gré des rencontres et avec le temps, nous avons été amenés à présenter différents projets, et notamment autour du ciné-concert avec « One week » ou « La maison démontable ». Des compositeurs de notre âge, amis avec Pierre-Bastien (le pianiste) on écrit une musique d’accompagnement pour ce film de Buster Keaton. Et nous sommes dans ce projet-là depuis l’an dernier.
P-B — On peut parler de Florence Lenoir et Gaétan Tessé qui sont les deux compositeurs. Je travaille avec eux depuis plusieurs années, notamment pour des enregistrements de musiques de film, des documentaires… Et c’est vrai qu’entre nous, nous avions l’envie de faire un ciné-concert. Nous avons trouvé ce film de Buster Keaton qui a fédéré notre travail. Nous nous sommes dit : pourquoi pas ? L’envie de croiser les arts aussi…
F — Ce que l’on propose, c’est de décloisonner les arts. De pouvoir relier l’image au son, c’est aussi très actuel, les gens sont demandeurs. Et ce que nous proposons en complément, c’est de joueur de la musique pour trio avec piano, nous sommes des musiciens avant tout…
P-B — De la musique, oui, mais de la musique utilisée dans des films. C’est pourquoi nous jouerons aussi un mouvement du trio en mi bémol majeur de Shubert que l’on retrouve dans « Barry Lyndon » de Stanley Kubrick, et puis, le thème des « Valseuses », la musique de Stéphane Grappelli dans le film de Bertrand Blier.

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Ils ont accepté de se prêter au questionnaire du Trou :

« Rentrer dans le Trou » : Vos impressions sur Le Trou ?
A — Étonnant, envoûtant, oui, unique. C’est vrai que nous aimons jouer dans des lieux un peu insolites, ce n’est pas toujours pratique à cause de l’encombrement du piano, mais dans ces cas-là, nous nous autorisons à jouer avec un piano numérique. Ce qui nous permet de jouer dans des lieux comme ici, dans une chapelle perdue au fin fond de la montagne… Pour amener la musique là où on ne l’attend pas…
P-B — Chaleureux, je dirais.

« Agrandir son trou » : Quelle est votre activité du moment ?
A — Il y a un concert demain à Besançon. La semaine dernière nous donnions un concert à Paris en trio sur un programme russe et d’Amérique du Sud, sur Piazzolla. C’est pour le trio, sinon, notre actualité ? Pierre-Bastien donne des concerts en quatre mains à côté… Nous donnons des cours au conservatoire, et avons des activités d’orchestres diverses et variées.
P-B — Des projets à l’étranger à quatre mains grâce à mon duo, des projets au Portugal, en Argentine…

« Aligner des Trous » : Reviendrez-vous au Trou ?
A — Oui !
P-B — Oui !
F — Moi, ça fait juste une heure que je suis arrivé, pour l’instant, je songe à la soirée…

« Se réfugier dans un trou » : Un lieu où vous aimeriez jouer ?
F — Sur une Caravelle (rires)… C’est le nom du trio, trio Caravel.P-B — Oui, pourquoi pas sur un bateau, un paquebot ?
F— Tu préfères dans un train, je peux peut être arranger quelque chose avec la SNCF ? (rires)

« Un trou spatio temporel » : Comment vous-vous voyez dans dix ans ?
F — Différents j’espère…
A — On espère toujours aussi actifs, à voyager par monts et par vaux. Avoir une activité toujours aussi variée…
P-B — Avoir enrichi notre répertoire, qu’il soit plus vaste…

« N’avoir pas les yeux ou les oreilles en face des trous » : Le dernier film que vous avez vu, ou le dernier CD que vous avez écouté ?
A — C’est difficile,
F — À la salle Pleyel… (rires)
A — Sortir, tout simplement, voir tout ce que l’on peut voir, s’enrichir… 

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« Trou de gruyère » : Votre plat préféré ?
A — Moi je vais dire : le chili !
P-B — Les pâtes (rires) c’est que je suis italien d’origine…
F — Plutot la viande…

« Boire comme un trou » : Votre boisson préférée ?
A — Moi, je n’y connais rien… Je ne demande qu’à apprendre. Un bon champagne…
P-B — Le Viré Clessé !
F — Oui, moi aussi j’aime beaucoup le Champagne, mais sinon un bon vin de Bourgogne…

« Habiter dans un trou » : Si vous étiez perdu sur une île déserte, qu’emporteriez-vous ?
F — Tout sauf le violon… Un lecteur MP3 empli de musique…
A — Un bon bouquin ! 

« Trou noir » : si vous étiez Miss Monde, que changeriez vous sur cette planète?
A — La connerie humaine !
F — Parce qu’elle peut changer quelque chose Miss Monde ?
P-B — Je supprime la bêtise 

Le mot de la fin ?
F — Merci pour l’accueil.
A — Bon appétit!

Trou de vers :

C’est le trio Caravel. L’amitié naquit au cœur des études et de la passion, elle fut, ne s’étiole pas. Elle possède le lustre des premiers espoirs, la fougue de l’entre deux âges. Ils aiment à croire (et la pensée peut être prophétie) que les frontières n’ont pas lieu d’être, qu’elles finiront par disparaître, qu’elles sont souvent à ignorer. Esprit de leur musique tout-terrain, à l’orée des expériences du corpus du véhicule et de l’esprit. Jouer du haut d’un sommet montagneux, dans le silence d’une grotte, ce refuge ; dans une chapelle redonnée à la nature : abandon du formalisme académique, bien au-delà de l’entre froid de ces lieux où l’on attend un récital. Le classique n’est pas près d’être ruiné dans ce paysage rigide où nous sacralisons l’immédiat.

La musique sied aux images, enchante les émotions, elle est du domaine du divin quand par amour elle est jouée.

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Le piano, en délicatesse, se laisse suivre par le violoncelle et le violon ; complicité mue par une ferveur. Accent de la tristesse d’une feuille de frêne, qui choit et se meurt au sol, dans cet automne où tourbillonne le vent à s’en essouffler, tenant bon, faisant preuve d’une vigueur enviable. Au grand couvert ? Musique composée, loin de l’improvisation, aux prémisses du muet.

« La maison démontable » : emballement commun avant la sortie de l’église. Le trio rend son corps vibrant à cet ancêtre, ce celluloïd tout feu tout flamme. Interprétant tour à tour les protagonistes,  revêtant une belle ampleur. Les jours se succèdent à mesure que les notes sautillent, et s’effacent lorsque l’amant éconduit fait sa voix de violoncelle. Il joue un mauvais tour aux amoureux, entrainant du charivari dans la construction. Et la maison, ce personnage principal, toute de guinguois, frôlant l’effet d’optique à l’Escher, donne du fil à retordre aux jeunes épousés. Déluge de facéties, à en titiller la fibre heureuse des spectateurs.

Prouesse côté film et côté scène. Ciné-concert endiablé, musiciens et comédie font du trio un quatuor, nous enchantant avant que la séance ne se termine, nous laissant hors du temps, communiant comme tant d’autres par la sincérité des applaudissements.

Texte de Benoit Marie Lecoin
Blog de l’auteur
 : benoitmarielecoin.tumblr.com
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